
"J'ai rêvé jadis que l'homme timide et plein de talent que tu étais, m'élèverait au-dessus des banalités de la vie. " Inaccessible étoile, rêve désabusé de Miriam, Riche américaine quadragénaire excentrique et nymphomane, elle s'est exilée avec son peintre de. .mari. Incapable d'assumer la déchéance ( réelle ou supposée? ) de Mark, elle fait appel à Léonard, marchand de tableaux grotesque pour lui refiler son "bébé". Et tout trois se retrouvent donc ici, au.. .Japon, dans un bar moite et irréel de Tokyo. Métronome placide? le barman, seul, semble voué à vivre dans une réalité que les autres ignorent. Ou oublient.
Un artiste est-il - au moins - un être humain viable? A lui-même et aux siens.
Par une femme tragique tout d'abord, par touches de peinture ensuite, la question est posee. Miriam porte en elle tant d'espoirs passés et à venir, qu'elle est révélatrice. Au sens photographique du terme. Elle oblige les autres à se montrer dans leur plus intime nudité, à condition de les maîtriser. Elle est une mante religieuse. Seulement il y a Mark, vitalité brute et malade, créateur enjoué et narcissique. Ils n'ont plus qu'une vie pour deux.. .Mais qui s'attache encore avec une remarquable ironie de langage, avec la drôlerie acerbe des mots.
Frédéric Gelbseiden.

crédit photos: Sandrine Rozier

Saint Gervais sur Roubion
Au Fenouillet, la Vie en dérive nocturne
La Compagnie des Nuits partagées a fait partager, les 7 et 8 novembre, au public une excellente soirée avec un de ces textes existentiels de Tennessee Williams "Dans le bar d'un hôtel de Tokyo".
Un huis clos à quatre: Miriam, riche milliardaire excentrique, dont la nymphomanie la sauve sans doute de la désespérance, a suivi son mari dans son exil artistique au Japon; Mark, peintre torturé, délire d'avoir découvert la couleur et il en titube, cérébralement comme phusiquement; Leonard, leur ami et versatile marchand d'art, est appelé à la rescousse par Miriam qui est excédée et veut vivre seule, sans contraintes. Il s se retrouvent dans ce bar où le barman est seul à tenir la barre de la réalité. Ces personnages qui suivent chacun leur propre route sont incarnés respectivement par Linda Dorfers, très convaincante, Julien Peschot, aussi dérangé que dérangeant, Georges Riesi -peut-être pas assez carricuatural-, et un Frédéric Gelbseiden dans le juste ton d'un barman ultra-correct.
Laure Oswald, La Tribune, 13 Novembre 2003