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Presse - Les Soliloques du Pauvre
«Eurocultures en Corbières:
une soirée peu ordinaire ou quand le théâtre se fait cri de détresse, expression politique.
Nous n'étions ni au Chat Noir, ni au Cabaret des Quatz' arts ce samedi soir 11 juin, mais bien dans la cave de la Maison Mésange à Durban
avec la Compagnie des Nuits partagées de Montpellier.
Pourtant,il a fallu se pincer fort en fin de spectacle pour retrouver ses sens, tant l'interprétation que Jean Gelbseiden nous a donnée
des Soliloques du Pauvre a su faire chanter la misère du monde.
Tout était simple, dépouilé, évidemment adapté à cette dramaturgie.
Côté ambiance, il a suffi d'un mur de pierres sèches, léché des lumières d'une lanterne vacillante, de l'ordonnance en gradins de la salle
pour donner au silence pétrifié des spectateurs une vue comme dominante sur les soubresauts d'une réalité sociale :
aucune autre solution exprimable que le cri de révolte.
Et pour pousser ce cri, en moduler toute la gamme des possibles, un comédien qui vit (ou revit) plus qu'il ne joue, une de ces "bêtes de scène" chez qui
la maîtrise du texte paraît d'autant plus naturelle qu'elle vient des entrailles de sa personne.
L'argot des faubourgs, les rimes souvent "riches" qui ne font que pimenter la détresse et rappeler la vraie poésie du monde, ne changent rien à l'affaire :
par le jeu du comédien, ce qui aurait pu, de nos jours, paraître quelque peu factice, se fait arme morale d'une lutte pour la dignité,
comme si Jean Gelbseiden prouvait paradoxalement sur scène que la vie n'est décidément pas un théâtre .
En cette année 2005 où la reprise de cette pièce étonnement fraîche de Jehan Rictus vient d'enchanter le Théâtre Molière à la Maison de la Poésie à Paris
a donné lieu à une "récupération" par un intermittent du spectacle y trouvant matière allégorique à sa situation professionnelle.
Eurocultures en Corbières a eu la chance de cette rencontre magique avec Jean Gelbseiden:
une leçon de vie superbement ressentie plus qu'illustrée.
A faire connaître...»
Michel Massacret, l’Indépendant du 16/06/2005

Anne Leray, L'Hérault du Jour, 27 janvier 2005
Synopsis - Note d'intention
Les Soliloques du Pauvre
de Jehan Rictus ![]()
« Je veux plus être des Ecrasés
D'la muflerie contemporaine
J'vas dire les maux, les pleurs, les haines
De ceuss' qui s'appell'nt « civilissé ». »
Nous sommes vraisemblablement à Paris ou ailleurs.
Mais peu importe.
Nous sommes vraisemblablement à la fin du 19ème siècle ou aujourd'hui.
Mais peu importe.
Nous sommes vraisemblablement poches crevées ou morts de faim.
Mais peu importe.
C'est contre cette indifférence cruelle que Jehan Rictus écrit ses Soliloque du Pauvre à la fin du 19ème siècle.
Les portes cochères sont sa maison, les rêves son seul avenir, et sa révolte la condition de sa survie.
C'est que cet homme ne vit pas les mains nues. Son arme: les mots.
Poète, vos Papiers!
Chaque phrase est un appel contre l'ignorance, la bêtise, un appel à la vie.
Alors nous l'avons suivi, le temps d'une saison.
D'une rue à l'autre, d'un amour à l'autre, du soupir à la rage. Et partout la même beauté d'une langue oubliée.
La même pertinence.
Frédéric Gelbseiden.