Résistances, féminin pluriel

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA FEMME MORCELÉE

 

 

 

Projet de création 2010-2013

Production Compagnie des Nuits Partagées

Co-production: Ville de Castelnaudary (11), Théâtre des 3 Ponts

Apport en industrie: La Chapelle Gély / Association Music Events, La Baignoire / Compagnie les Perles de Verre, Association Etre en scène / l'Atelier

DISTRIBUTION

Interprétation: Linda Dorfers

Danse et chorégraphie: Maud Payen

Musique et jeu: Pierre Coulon Cerisier

Conception et mise en scène: Linda Dorfers

Regard extérieur danse: Nathalie Galoppin

Direction d'acteur: Elise Hobbé

Création lumière: Sonya Perdigao, Marion Alsina

Création costumes: Sandrine Rozier

Production / Diffusion: Marlène Emily

Visuel: Mathieu Catonné

 

PRODUCTION: PROCHAINES ÉTAPES

Première le 08 mars 2012 à 20h30 au Théâtre des 3 Ponts, Castelnaudary.

du 20 février au 05 mars 2012: résidence de création à Tortill'art, St. Amans-Soult (81) avec une présentation publique le 1er mars

du 7 au 20 décembre: résidence à La Chapelle, Montpellier, travail de mise en scène et scénographie, costumes.

du 03 au 12 novembre 2011 en résidence de création au Théâtre des 3 Ponts, Castelnaudary

le 10 novembre: répétition ouverte à 30 lycéens en option théâtre du Lycée Jean Durand.

le 22 septembre 2011: performance rue dans le cadre du Chap'Au Théâtre, Square Reignier, Montpellier

du 16 au 19 août à Aurillac sous forme de performance rue

le 28 mai : performance de rue au Peyrou, Montpellier, avec le Génépi

du 23 au 27 mai en résidence de recherche à La Chapelle Gély, Montpellier

le vendredi 25 février 2011 au Festival Dire le Monde à Saintes (17):

carte blanche sous chapiteau intitulée "De la contestation à l'activisme: quel avenir pour une société enfermée dans la peur par la répression?"

avec l'intervention de Mathieu Rigouste, chercheur en sciences sociales, auteur de "L'Ennemi Intérieur- la généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine", Ed. La Découverte 2009

 

 

 

PHOTOS

prises lors du laboratoire de recherche à l'Atelier, Association Etre en scène

copyright: Albert Gorrse, Gérard Préget

 

 

RÉSISTANCES, FÉMININ PLURIEL.

Avis aux spectateurs:

Nous ne sommes pas féministes puisque nous refusons de nous enfermer dans un combat. A travers notre posture artistique nous cherchons à participer à toutes les luttes au service de l'émancipation quelles qu'elles soient.

Nous ne cherchons pas à accuser, mais à interroger. A travers quatre histoires individuelles, qui sont aussi l'Histoire des femmes (de la Vierge déchue à la Putain), nous interrogeons notre capacité individuelle et collective à supporter, acquiescer, accepter la violence gratuite, la torture.

Quatre monologues, quatre paroles, quatre femmes, un seul cri.

Cri contre un système arrivé à son paroxysme qui finit par anéantir sa propre raison d’être.

Bienvenue au far west où la justice est vidée de son sens, où procédures et règlements de compte prennent le pas sur la politique au sens étymologique.

Au centre de notre réflexion: la femme dans sa complexité d'être pensant, sexué, émotif, engagé. La femme matrice de vie et de chair, d'idées, de convictions.

Quand d'une démocratie ne reste que l'idée que pourtant nous défendons (plus ou moins) tous, quand le contenant perd son contenu, le rêve en prend un coup.

Que faire? Rester en cohérence entre nos mots (nos pensées) et nos actes (nos corps) ou se ranger du côté de la soumission?

A partir de quatre textes de Franca Rame et Dario Fo d'un réalisme exacerbé, d'une violence presque insoutenable, cette proposition traite de la violence de l'enfermement. Quel qu'il soit. De celui des femmes et de leur image et de la volonté de contenir leurs pensées en contenant leurs corps. De notre propre enferment dans nos idées reçues, nos incapacités, notre manque de courage.

De l'incompréhension de ce qui nous arrive face à la volonté d'anéantir l'être humain et sa volonté.

Dans l'espace de jeu deux femmes, monstre à deux têtes telle l'hydre de la mythologie grecque: une comédienne, une danseuse pour incarner cette dualité entre irruption d'instants de lutte et enfermement.

Les textes étant clairs, parfois d'une précision chirurgicale (à couper au scalpel), nous ne cherchons pas l'illustration de la violence, mais l'abstraction, la transposition. Pour ouvrir le(s) sens là où on voudrait nous en couper et pour aller à l'essentiel. Là où le privé et le public se rejoignent, où l'individu redevient collectif et le citoyen politique.

Cette proposition au delà du spectacle est un cri de lutte, le leur, le nôtre contre la résignation.

Ce projet est certainement le plus personnel de notre parcours. Le plus enragé aussi.
Entre quête identitaire et questionnement politique et citoyen, il passe par un
débroussaillage du passé (collectif, individuel) pour interroger le présent et s'inscrit
dans notre démarche de terrain et le projet de compagnie (avec la coopérative Arc
En Ciel Théâtre) : « Dire le Monde » / Faire Société.
Les textes de Dario Fo et Franca Rame, datés des Années 70 à 80, contextualisés
en Allemagne, en Italie restent malheureusement d'une actualité brûlante face à la
question: quel constat faisons-nous de l'état de la France aujourd'hui?
C'est arrivé demain, a été écrit hier sur fond d'histoire médiatisée, exacerbée, en
partie censurée. Et si demain c'était aujourd'hui?

DUALITE:

L'abus de pouvoir / La femme happée

Le projet de spectacle se déroule en deux parties:

Un premier diptyque Moi, Ulrike... et C'est arrivé demain.
Nous abordons ici le domaine de la détention, de l'application de la loi, d'une loi
créée exprès pour des cas de jurisprudence exemplaire. Agrémentée de mesures de
torture concoctées sur mesure, elles aussi. Dans un but de destruction physique et
psychologique d'une volonté humaine dérangeante. Dérangeante, outre son
expression extrêmement violente, parce qu'elle met en question, et par conséquent
en danger, un système établi, un fonctionnement à échelle d'état. Le pouvoir. Et
comme il n'y a pas de réelle confrontation possible, la réaction la plus simple et la
plus sûre reste l'abus de ce pouvoir.
Se pose ici aussi la question de l'impact des media dans le domaine politique et
publique.

un deuxième diptyque composé du Viol et d'Une mère
Il se situe plus dans la sphère intime au sens où ici la femme est directement
attaquée dans sa féminité corporelle (son sexe) et émotive (l'amour maternel) sans
en comprendre les raisons.
Sa lutte de survie consiste alors, au contraire, à dissocier la pensée du corps, pour
ne pas ressentir, ne pas se laisser happer par la douleur (physique et psychique), et
ne pas sombrer.

Nous essayerons de travailler autour de la dualité entre ce qui est traité sur la place
publique, médiatisé donc, transformé, censuré aussi et ce que le public ne voit pas,
la vie, le traitement en cellule, l'intimidation, la torture, les abus de pouvoir.

Il ne s'agit pas pour nous d'acquiescer les choix politiques qu'ont pu faire des
membres de la RAF il y a trente ans, ni d'affirmer une posture politique radicale,
mais de mettre en lumière les conséquences de ces choix en termes de dignité
humaine.
De mettre le projecteur sur ce qui se passe dans l'ombre au nom de la justice et sur
la façon dont le corps privé de tout reste néanmoins en lutte, même si l'on cherche à
anéantir la volonté.

Comme points communs tel un lien en filigrane entre les quatre textes: chacune des
quatre femmes alors qu'elle subit une agression (quelle qu'elle soit) se place en situation de
spectatrice de ce qui arrive à son propre corps.
Chacune est soumis à un abus de pouvoir qui reste malgré tout celui de l'homme sur la
femme.

L'homme qui incarne la loi et la force (médecin, policier, juge, avocat, gardien...), même si
nous sommes après 68 et que certains ont :

« (...) porté à son comble l'émancipation de la femme: car bien que je sois une femme
vous me punissez exactement comme un homme » (Moi, Ulrike...).

LA DUALITE
représentée sur scène

Sur scène deux femmes, une comédienne, une danseuse pour incarner cette dualité
entre défense de la liberté et enfermement.
Puisqu'il s'agira de dire et de ressentir là où parole et pensée sont coupées du corps, de la
chair.
• Par nécessité de survie pour ce qui est du Viol,
• Par la torture, la privation des perceptions pour Moi,Ulrike...,
• Par tentative d'assassinat pour Irmgard Moeller dans C'est arrivé demain.
• Par perplexité pour Une Mère se regardant dans un miroir, revoyant ainsi
toutes les étapes du passé, incrédule.

Se pose la question du corps qui prend la parole, de la pensée endolorie.

NOTE D'INTENTION.

Moi, Ulrike...,
nous nous attacherons (!) surtout à éviter l'illustration corporelle et mettrons l'accent
sur un travail en écho pour arriver à nous confondre l'une avec l'autre. Un travail
d'écoute aiguisée donc où le cerveau serait incarné dans les pieds

Ainsi nous nous centrerons sur des aller-retours permanents entre écoute,
observation et le fait de nous savoir observé par la parois de « cet aquarium où
vous me faites flotter », puisque « C'est de la vivisection ».

C'est arrivé demain
sera une mise à nu, mise à mal, où la femme est dépecée, torturée, charcutée.
Une description presque scientifique des effets précis des coups de couteau sur le
corps.
Une lutte permanente entre effondrement et résurgence soudaine, entre abattement
et force.

Le Viol,
l'écriture nous renvoie au besoin de créer le décalage, la distance entre ce qui est
physiquement vécu et l'accroche au réel, au quotidien, la maîtrise d'une confusion
voulue en parallèle avec la maîtrise presque chorégraphique des violeurs dans leurs
mouvements.

Une mère
se distingue des autres récits par le mode de son écriture.
La parole est adressé, non de manière frontale mais dans un perpétuel
questionnement qui est aussi bien celui que cette femme s'adresse à elle-même en essayant de remonter le temps pour retracer l'histoire des possibles. Par moment
nous pourrions avoir l'impression d'y retrouver le ton si italien de Dario Fo et Franca Rame, toujours teinté de commedia dell'arte (alors que les trois autres textes sont
d'un réalisme insoutenable).
Mais en vérité, si tenté qu'il y ait une vérité, nous ne faisons que le frôler puisque les
faits, même rapportés de manière subjective et chargée d'émotion, nous rappellent
à l'ordre.

SCÉNOGRAPHIE.

Qu'il s'agisse de la scénographie ou des costumes, tout sera traité par le blanc.
Blanc synonyme de distance, de chambre froide, aseptisée, d'anonymat.

  • L'espace de jeu

Une cage stylisée ou simplement une boîte blanche. Un espace de jeu très restreint
quoiqu'il en soit. Derrière un plateau nu, dévasté.
Des spectateurs peut-être disposés tout autour en situation d'observation, contraints
d'assister à ce que Ulrike nomme « de la vivisection »

Un banc, blanc lui aussi, tour à tour celui des accusés, lit de cellule, barreau de tribu-
nal, banquette de camionnette, salle d'attente de prison.

  • L'ambiance

Un travail sur la sonorisation de cet espace, faisant en sorte que le moindre son, le
moindre bruit aille toucher directement toucher la moelle des personnes présentes. A
la limite de la douleur, puisque c'est ce que décrivent les notes de la commission
internationale d'examen de la mort d'Ulrike Meinhof, ainsi que ses propres lettres:
quand même le fait de penser fait mal.

De manière aussi à percevoir le silence ouaté de l'isolement qu'il soit celui des
détenus en cellule insonorisée ou celui de la solitude, de l'absence d'aide de
l'extérieur pour la femme du Viol.
Le silence encore de celle qui ne reçoit pas de réponse à toutes ses questions, la
mère.

  • Les voix off masculines

Des voix off pour rythmer et matérialiser l'intrusion de l'espace « public » dans
l'intimité, les voix des juges, médecins, avocats, magistrats, gardiens de prison,
assassins, violeurs, speakeurs de télévision. Des voix trafiquées puisque la percep-
tion change avec le vécu de l'isolement.

Des voix masculines pour exprimer l'opinion publique et notamment le jugement
– masculin une fois de plus- de ceux qui sont censés représenter la justice et le se-
cours.

Des voix off également pour l'utilisation des préambules aux différents textes qui
pourront être repris par moments

L'utilisation de micros parfois pour travailler avec la résonance de certains bruits
contrastant avec le silence subi.

Des caméras enfin pour prendre sur le vif des images des corps en mouvement,
d'un regard, d'une crispation, pour disséquer un membre endolori, un autre arraché
et les projeter sur des écrans disposés à plusieurs endroits.

  • La langue allemande

Il se pourrait que certains passages soient dits en allemand. Il y a là un choix
totalement arbitraire et personnel.

LA DÉMARCHE DE TRAVAIL.

Nous projetons de travailler selon deux axes en appuyant notre travail de création
à la fois sur

- des recherches approfondies de documents historiques (notes du procès
des membres de la RAF à Stammheim, enregistrements sonores, écrits
théoriques d'Ulrike Meinhof, analyses politiques, rapports d'enquête sur le
meurtre d'Ulrike Meinhof par une commission internationale...)

- des recherches concernant :
les conditions de détention actuelles : enquêtes, entretiens (sous réserve et
dans la mesure du possible); pour cela nous tenterons de nous mettre en
relation avec Amnesty International et d'autres organismes de terrain
les agressions physiques, abus sexuels, discriminations et (in)justices
faites aux femmes ici et maintenant (en collaboration avec le MFPF, Ni putes ni
soumises et d'autres associations).

Un travail inscrit dans le temps
De façon à travailler en profondeur, à respecter toutes les étapes nécessaire, de
notre propre apprivoisement à deux, de l'entrée dans les textes et la matière pour
éviter d'en faire un pamphlet superficiel et pathétique. De façon à pouvoir mener un
travail d'enquête approfondi, aussi bien du passé que du présent et au contact des
populations.


Ce projet est motivé aussi bien par des raisons personnelles et intimes ainsi qu'une conscience politique de plus en plus affirmée dans mon travail.

Dès le début des images précises apparaissent dans nos imaginaires croisées, fourmillant d'excitation.

Dans ce sens, il nous semble important de ne pas nous enfermer dans un huis clos et de rester, nous aussi sur le plan artistique, en cohérence avec nos envies.

Ainsi nous souhaitons qu'il y ait des étapes de recherche confrontées à des publics.
Des formes légères (en matière de technique et d'installation) conçues pour
l'espace public (performances, théâtre invisible...).
Et dans un avenir plus ou moins proche nous aimerions aussi créer ce spectacle en
allemand. Pour cela faudra-t-il encore que deux des quatre textes soient traduits....

Linda Dorfers, février 2010

PRESSE

Castelnaudary. La compagnie des Nuits Partagées en résidence au théâtre des Trois Ponts

La compagnie des Nuits Partagées était en résidence au théâtre des Trois Ponts, où elle préparait son prochain spectacle. Neuf jours studieux en terre lauragaise, mais pas seulement. Après avoir bénéficié des installations chauriennes, la troupe poursuivra son difficile travail de création artistique, en résidence dans d'autres lieux, pour qu'enfin naisse ce bébé qui sera prénommé « Résistances, féminin pluriel », qui n'est pour l'instant qu'à l'état embryonnaire. Une fois de plus, Nuits Partagées ne fait pas dans la facilité en mettant en scène puis en interprétant quatre monologues écrits par ces deux monstres sacrés du théâtre italien engagé que sont Dario Fo (prix Nobel de littérature) et son épouse Franca Rame. Des textes sur la condition féminine et les servitudes sexuelles de la femme. Quand Franca Rame écrit « Le Viol » en 1981, elle sait réellement de quoi elle parle. Kidnappée en 1973 par des officiers carabiniers d'extrême droite, elle a été torturée et a fait l'objet d'un viol collectif. Une affaire qui ne fut jugée que vingt-cinq ans après, alors que bien évidemment, elle était… prescrite. Linda Dorfers (interprète, conceptrice et metteur en scène), Maud Payer (danse) et Pierre Coulon Cerisier (son et interprétation musicale) ont accueilli les premières et terminales « théâtre » de Jean-Durand, enchantés de pouvoir assister à la conception d'une pièce. Le débat qui suivit fut très animé et fort constructif. Nous retrouverons la troupe Nuits Partagées le 8 mars 2012 aux Trois Ponts, et cette fois pour une représentation.

JEAN-MARIE CALVET, LA DÉPÊCHE DU MIDI

 


AVIS PUBLICS

à l'issue de la première sortie de labo le 1er octobre 2010 à l'Atelier de la Cie Yann Lheureux

"Fort et fracassant. Un moment créé pour entendre. UN moment pour se resituer vis-à-vis de notre choix de combattre. Merci d'avoir choisi de nous parler de ça"

"Gorge serrée; envie de pleurer, de crier, honte de l'humanité, honte de l'homme. Fière et fragile je suis une femme. C'est un choix de textes et de dire audacieux. Vous nous proposez des questionnements vraiment intéressants et dérangeants. Lutter. Pour qui? Pour quoi? Mes enfants et après? Que transmet-on?"

"Très intense. 1ère scène: intimisme interrogateur. 2ème scène: vraiment prenant. 3ème: j jeu de scène qui remue. 4ème: brièveté donnant l'intensité. Renvoie à beaucoup de choses politiques qui posent question. Jeu d'interprétation vraiment parlant. Diction qui captive. Mais sons et paroles: impossible pour "audition difficile". Bonne complémentarité des deux interprétations. On en sort secoué!"

"Violence à outrance. j'ai été happée par ces récits si durs à entendre. Clouée sur place avec envie  de sortir à l'air. Libre. Aliénation. Déshumanisation. Violence irréelle et pourtant concrète. Dur à supporter. Profonde réflexion sur les idéaux et comment les atteindre. La densité du silence dit tout le talent et l'efficacité des comédiennes danseuses"

"Difficile de parler après toute cette douleur, violence crue - la rattacher à nos douleurs peut-être?"

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